De rencontres en rencontres Une rencontre ...

Le passage qui nous occupe se trouve dans le premier chapitre de l’évangile de Jean, les versets 36 à 51. Il s’agit des premières rencontres entre Jésus et ceux qui deviendront ses disciples.

Alors que Jésus arrive devant le Jourdain, Jean-Baptiste le désigne en disant : «Voici l’agneau de Dieu». Cette seule phrase suffit à mettre en route deux hommes, dont un seul sera nommé : André. Pourtant les deux passent la journée avec Jésus. Qu’advient-il du deuxième ? Nul ne le sait. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas eu entre Jésus et lui une vraie rencontre. Ni qu’il n’ait pas été un disciple. Mais un disciple inconnu qui aurait suivi un chemin de foi qui nous est inaccessible. Et pourquoi pas ? Quelle espérance pour chacun de nous aujourd’hui ! Nous aussi, nous pouvons suivre Jésus à notre manière.

Mais revenons à celui dont le nom nous est donné : André. Après sa rencontre avec Jésus il va, non pas chercher, mais trouver son frère Simon -Pierre, nous dit le texte en grec. A son tour Simon pourrait être celui qui trouve Philippe, mais à cet endroit du texte, le grec laisse planer une incertitude : qui de Philippe ou de Jésus est l’acteur de cette rencontre. Philippe (ou Jésus) va chercher Nathanaël. Le message passe de bouche à oreille, de proche en proche. En effet au verset 44 nous apprenons que ces trois hommes venaient de la même ville Betsaïda, petite localité de Galilée qui, il faut bien le reconnaitre, est inconnue pour nous lecteurs du 21ème siècle. Qui saurait en effet situer cette localité sur une carte ? Et pourtant, c’est là que commence le ministère de Jésus : par ces hommes qui le rejoignent.

Que nous dit la suite du texte sur les relations entre les uns et les autres et avec Jésus ?

Notre passage fait exactement 15 versets. Et en 15 versets le nom de Jésus apparait 10 fois. Sachant que Jean est des 4 évangélistes le plus enclin au symbolisme, comment ne pas penser au décalogue, improprement appelés commandements puisque dans la Bible hébraïque le mot employé est «davar» : PAROLE.

10 paroles de vie -10 fois le nom de Jésus parce qu’il est la parole de vie ultime, celui qui est le signe visible de la présence réelle de Dieu ?

Dans notre passage, à chaque personne rencontrée, Jésus adresse une parole. De même chacun des premiers disciples aura sa façon à lui de présenter Jésus.

Nous procéderons en deux temps : d’abord les paroles que Jésus dit à ces hommes, puis ce qu’eux ont dit de Jésus.

 Paroles de Jésus aux disciples :

A André :

«Viens et vois» et il reste une journée avec Jésus. Cette double invitation de Jésus s’inscrit tout à fait dans toutes les théophanies (Dieu qui se révèle à une personne) du Premier Testament. Si l’on continue d’inscrire ce texte de Jean dans une lecture parallèle avec la sortie d’Égypte, il est notable de relever ici que tout comme Moïse a rencontré Dieu au buisson ardent en faisant un détour (Viens) et en regardant ce buisson qui brûle sans se consumer (Vois), cette expression de Jésus envers André les place dans le cadre des rencontres entre Dieu et l’homme. La suite («Il reste une journée avec Jésus») ne fait que renforcer cette idée, en effet le fait qu’ils passent la journée ensemble, signifie l’importance de la rencontre, de l’intimité, du cœur à cœur avec Dieu.

Si la première rencontre montre l’importance de la rencontre et de l’intimité avec Dieu, quel thème aborde la deuxième rencontre? Y a-t-il continuité et si oui, comment ?

A Simon Pierre :

Dans la rencontre entre Jésus et Simon -Pierre : «Tu es Simon fils de Jonas, tu seras appelé Képhas (Pierre)» Toujours en suivant notre piste de réflexion concernant des passerelles entre ce passage et la rencontre de Moïse avec Dieu au buisson ardent, la prochaine étape semble être celle du nom. Dans la Bible nommer, être nommé ou renommé revêt une importance fondamentale. Il est autant question de l’être profond qui est appelé à émerger, et dont le nom signifie alors l’appropriation par l’intéressé, que de la mission qui va être dévolue à cette personne et qui est en cohérence avec son identité. Cette cohérence est donnée à Simon par Jésus, et elle est reçue par Simon quand le changement de nom deviendra usuel au cours des trois années passée avec Jésus.

A Philippe :

«Suis-moi» Il est intéressant de trouver cette expression après le changement de nom. Un peu comme si se tenir devant Dieu, être relevé dans une verticalité n’était en fait pas une fin en soi. C’est en suivant Jésus que cette verticalité s’inscrit dans le réel et qu’elle devient jaillissement de vie. La vie dans toutes ses dimensions. Ce qui nous conduit à la prochaine rencontre : celle de Jésus avec Nathanaël.

A Nathanaël :

«Voici vraiment un Israélite en qui il n’y a pas de ruse» et «Avant que Philippe t’appelle sous le figuier, je t’ai vu.» puis «tu verras de plus grandes choses que celles -ci» et «En vérité, en vérité je vous le dis vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme». Voici un homme droit, voici un homme qui se tient dans une réelle verticalité. Et la promesse qui suit n’est ni plus ni moins que celle de voir «le ciel ouvert et les anges monter et descendre au-dessus du fils de l’homme». Pourquoi nous est-il dit que les anges montent et descendent et pas le contraire ? On pourrait penser que les anges sont auprès de Dieu et que, de temps en temps, ce dernier nous les «envoie» pour une mission spécifique. Mais non, d’après le texte, les anges sont, en fait, auprès de nous, et plus particulièrement, dans ce passage, auprès de Jésus. Quelle est la fonction des anges ? Servir et transmettre les messages de Dieu aux humains. En effet étymologiquement le mot ange désigne l’envoyé, le messager. Les anges sont donc auprès des hommes, porteurs du message de Dieu, veillant sur les hommes et faisant des allers-retours entre les bénéficiaires et l’auteur du message. Les anges sont ceux qui vont permettre que les deux réalités : matérielle et spirituelle soient en lien. L’humain, en Jésus, est de ce fait rétabli dans toutes les dimensions de son être tant matérielle que spirituelle. Les anges sont ceux qui dans ce passage rétablissent le lien entre le ciel et la terre. De ce fait, s’ils sont auprès des hommes premièrement c’est pour les conduire à cette plénitude.

 Paroles concernant Jésus :

 Agneau de Dieu :

Le saviez-vous : la robe du grand prêtre était faite en lin et pour blanchir le lin, à cette époque il n’y avait qu’un seul moyen : le laver dans le sang de l’agneau, mais pas n’importe quel agneau il fallait que ce soit un agneau âgé d’un jour.

 Rabbi :

Le Rabbin, c’est l’enseignant, celui que l’on choisit de suivre, comme dans notre passage. Cependant, Jésus va choisir d’entre les disciples ceux avec qui il va aller plus loin, ceux qu’il va «former» pour prendre la suite et transmettre le message plus loin, jusqu’aux extrémités de la terre.

 Messie :

Cette expression vient de l’hébreu machiach qui veut dire l’oint, celui qui a reçu l’onction. En effet une onction ne se choisit pas, ne se demande pas, elle se reçoit; elle dépend de la volonté souveraine de Dieu qui a mis en chacun les qualités qui vont lui permettre d’accomplir le service qui correspond aux talents qui sont en lui.

 Celui que Moïse a décrit dans la loi et les prophètes :

Celui qui est attendu, depuis longtemps, celui qu’on saura reconnaitre parce qu’il a été décrit : présenté en quelque sorte.

 Jésus de Nazareth fils de Joseph :

Cette simple allusion à l’endroit où il vivait, à son père, situe Jésus dans une réelle humanité. Il est l’un d’entre nous qui a appris un métier, qui est allé à l’école, qui a vécu une vie d’humain. En cela il est notre frère.

 Rabbi

Pourquoi redire qu’il est rabbi ? Pourquoi placer cette expression à cet endroit du texte ? C’est comme si cette expression entourait tout ce qui était dit sur Jésus : le fait qu’il soit le Messie, celui que Moïse a décrit dans la Loi et les prophètes et Jésus de Nazareth fils de Joseph

Fils de Dieu, roi d’Israël

Quel lien y a-t-il entre l’identité de fils de Dieu et la royauté d’Israël ? De quel Israël est-il question ? De ce bout de terre appelé aussi Canaan ? Ou de l’autre réalité, celle qui irait plus avec l’expression «fils de Dieu» et qui serait l’Israël spirituel ? Mais alors qui amènerait sur cette terre dans notre monde, la réalité de la présence et de l’amour de Dieu ?