Prédication

 

Jean 6 v 24 à 35 : Je suis le pain de vie

Si l’on voulait attribuer à Jésus un signe « astral », ce serait celui du pain. Bethléhem : oui Beth = le village, Léhem = du pain. Eh oui, Jésus est né dans le « village du pain ».

Le pain : en voilà un symbole. On le trouve très tôt dans l’ancien testament puisque visiblement, Adam savait déjà le faire ou tout au moins le gagner puisque, lorsqu’il est chassé du jardin d’Eden, il est dit « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » (Genèse 3 - 19 ). Je reste toujours confondu d’admiration devant l’ingéniosité des hommes et de femmes qui nous ont précédés il y a fort fort longtemps : comment en sont-ils passés du grain de blé et de l’eau au pain  et combien de temps cela a-t-il pris pour obtenir quelque chose de mangeable ?

Le pain : symbole de nourriture de base de bien des personnes, « Panem et Circenses » (du pain et des jeux) semblait être le minimum nécessaire pour garantir une paix sociale sous l’empire romain. Moins drôle : le pain est parfois aussi associé à une punition : être mis au régime au « pain sec et à l’eau ! ».

Le pain, présent dans le premier testament sous la forme du « pain sans levain » lors du départ des hébreux d’Egypte mais aussi dans le nouveau testament lors de la tentation de Jésus par Satan « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »», la multiplication des pains et bien sûr l’institution de la Cène.

Il y a quelque temps, lors d’une visite d’un monument, l’un de mes petit enfants est passé en trombe dans les salles, incapable d’apprécier l’intérêt des lieux, nous répétant sans cesse : « j’ai faim » !. On retrouve là les préoccupations du peuple juif dans le désert et ses récriminations auprès de Moïse : « on était mieux en Egypte : au moins on avait de quoi manger…. » (Exode 16 – 3). C’est bien connu : « ventre affamé n’a pas d’oreille ».

Dieu leur répond en leur envoyant des cailles et la manne avec des consignes assez strictes : « à chacun selon ses besoins au jour le jour ». « Pas nécessaire de stocker : je vous donnerai ce qu’il faut ». Dieu est le premier militant anti gaspi, le premier militant « zéro déchet ».C’est là l’un des premiers points qu’il faut retenir des textes de l’Exode et de Jean que nous avons lu ce matin  et repensez à la phrase du Notre Père : « donne nous notre pain de ce jour (ou quotidien) ». Depuis la création dans la Genèse, Dieu met, dès le début, à la disposition de l’homme de quoi se nourrir. En faisant cela, il a voulu rendre l’homme libre, libéré du souci de la nourriture. Cette liberté implique une contrepartie : l’obéissance : « Je vous mettrai ainsi à l'épreuve pour savoir si vous obéissez ou non à mes ordres » (Exode 16 v 4). Cette liberté nous laisse le temps de penser, le temps d’agir, le temps de prier, de parler aux autres.

Oui, je sais, il y a encore 850 000 000 de personnes (environ 10% de la population) dans le monde pour qui la quête de nourriture prime sur tout le reste. Pas normal pensons nous tous dans un grand élan d’égalitarisme, Normal quand on voit l’appétit de certains à vouloir accumuler à tout va au détriment des autres. Le 1er Août 2018 est – selon certains calculs – le jour du « dépassement », c’est "la date à laquelle nous aurons utilisé plus d'arbres, d'eau, de sols fertiles et de poissons que ce que la Terre peut nous fournir en un an pour nous alimenter, nous loger et nous déplacer et émis plus de carbone que les océans et les forêts peuvent absorber". Nous sommes loin de la notion de suffisance mentionnée dans l’Exode. Ce jour du dépassement ressemble à une réponse à la question de l’obéissance ou de la désobéissance à Dieu mentionnée précédemment.

Je vous ai parlé de la tentation de Jésus et je vous ai donné la proposition du tentateur. Je pense que certains ont déjà, dans leur tête, pensé à la réponse de Jésus qui reprend un verset du deutéronome (8 – 3) «Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu ».  

Sortons un peu de l’écologie et du terre à terre et retournons un peu au texte. Tout d’abord, Jésus ne répond pas à la question de la foule qui l’a retrouvé.

« Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés »

La foule en est resté à la multiplication des pains qui est racontée au début de ce chapitre 6. Jésus ne se prive pas de le leur rappeler. Il le fait en commençant sa réponse par un « en vérité, en vérité je vous le dit…. » qui signifie que ce qui va suivre est important, c’est une périphrase qui est à rapprocher des formules utilisées par les prophètes dans le premier testament « Oracle du Seigneur » ou « Ainsi parle le Seigneur ».

Par ces mots, Jésus reproche la façon dont la foule reçoit les signes qu’il produit. En effet, plutôt que de considérer les œuvres qu’il accomplit comme des signes venant de Dieu, la foule les attribue à un Jésus faiseur de prodiges. (BM)

C’est pareil dans l’Exode  le peuple ne reconnaît dans cette nourriture que l’œuvre de Moïse, un prodige de Moïse, et ne la reçoit pas par la foi comme un don de Dieu. Et pour cause : le peuple considère ce qu’il reçoit comme un dû, comme la réponse à une exigence qu’il a adressée à Moïse : donne-nous à manger! Cette exigence ne laisse pas de place à la confiance en Dieu. (BM)

 

La foule qui s’adresse à Jésus ne place pas plus sa foi en Jésus. Malgré les signes que Jésus a produits devant elle, elle lui adresse toujours sa demande : « Quel signe produis-tu donc, toi [c’est-à-dire comme Moïse a produit des signes], pour que nous te croyions ? Quelle œuvre fais-tu ? » (BM)

 

Mais après tout, Ce peuple hébreu dans le désert et cette foule devant Jésus nous renvoient aussi à nos propres attentes vis-à-vis de Dieu. Nous aussi aimerions parfois voir se réaliser des choses étonnantes, que nous qualifions volontiers de « miracles » : échapper par magie à une maladie ou à une situation difficile, obtenir un résultat contre toute prévision… Mais les miracles sont tout autres. Un miracle, c’est une manifestation, un signe inattendu, et même inespéré, de la puissance de Dieu, reçu dans la foi. Le mot grec, dunamis, que nous traduisons par miracle, désigne cette puissance de Dieu. Les miracles — les signes dont parle l’évangéliste Jean — ne peuvent être attendus, et ne sont reconnus comme tels que dans la foi. C’est bien différent d’un prodige. (BM)

 

« Que devons-nous faire pour accomplir les œuvres de Dieu ? », demande la foule à Jésus. Quelle action devons-nous mener ? Jésus déplace notre question. Ce n’est pas nous qui accomplissons les œuvres de Dieu, mais Dieu lui-même est à l’action. Ses œuvres, nous dit Jésus, se résument même à une seule : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous mettiez votre foi en celui qu’il a lui-même envoyé. », c’est-à-dire en Christ. Ainsi, la foi nous est donnée par Dieu. C’est lui qui agit en nous pour que nous mettions notre foi en Jésus-Christ. Nous restons cependant acteurs par notre réponse à l’action de Dieu en nous-mêmes, par un oui à son œuvre.(BM)

 

« En vérité, en vérité, je vous le dis, Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel, mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel; (33) car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »

 

Jésus donne volontairement dans l’ambiguïté et ses interlocuteurs savent bien les nuances qu’il met dans ses propos. Il suffit d’écouter avec attention la lecture de ce passage, comme vous l’avez sans doute  fait pour découvrir que le sens du texte ne réside pas dans la syntaxe, mais qu’il est dans l’agencement des mots entre eux.(JB)

Le texte parle plus à notre sensibilité qu’à notre intelligence, c’est pourquoi notre esprit s’est laissé saisir par le mot pain, et que plusieurs fois répété,  il a été mêlé à la notion de ciel, il a aussi été mêlé à la personne de Jésus et il a été mêlé à la notion d’éternité, si bien que le pain nous est apparu à la fois comme une réalité céleste , comme une réalité spirituelle et comme une réalité matérielle. Il a été proposé comme nourriture pour l’immédiat et en même temps comme nourriture pour l’éternité. (JB)

 

Comment parler de pain spirituel dans une société où l’on manque de pain matériel? Ce pain matériel n’est pas forcément lié au manque de farine, de sel et d’eau, il est   sans doute  lié à  bien d’autres choses qui leur manque pour vivre, tels que l’amour ou l’espérance. (JB)

 Malgré notre incapacité  à inventer un avenir  qui pourrait se faire sans nous, l’expérience devrait cependant nous apprendre qu’en modifiant les données  et en injectant de l’espérance dans nos propos  et de l’amour dans nos actions les choses deviendront différentes. C’est ce que Dieu nous invite à faire. (JB)

Ainsi donc, Dieu est capable de faire une nourriture spirituelle à partir d’  ingrédients que nous possédons déjà, l’espérance et l’amour. Il est capable de nous surprendre en faisant jaillir de nos églises, que l’on compare parfois à des coques vides, une nourriture pour ce monde qui l’amènera à la connaissance de son Seigneur.

Amen

 

Jean-Pierre Bouffet avec l’aide de Jean Besset et Bertrand Marchand